PETIT BEURRE … concours de nouvelles avec Tatiana de Rosnay

Depuis le début de cette année, j’ai participé à trois concours littéraires … et je remarque que je n’ai jamais envoyé mon manuscrit avec l’intention de gagner !  Mais si ça devait arriver … merci, merci l’Univers ! 🙂

Ce que j’apprécie dans les concours, et c’est la raison de mes participations, c’est qu’ils m’amènent à sortir de ma zone de confort, soit à cause des délais imposés, soit pour les thèmes ou sujets proposés, ou encore pour la longueur du texte imposée.

Au mois de mai, après quelques jours d’hésitation, j’ai décidé de participer au concours de nouvelles avec Tatiana de Rosnay, co-organisé par LIRE Magazine Littéraire et Librinova.
Deux raisons à cela :
1/ l’incipit (la première phrase) était imposée à tous les participants.
2/ la nouvelle devait faire entre 12 000 et 16 000 caractères (espaces comprises).

Trois défis pour sortir de ma zone de confort

Pour moi, ce sujet de concours représentait deux GROS défis !

Tout d’abord, parce qu’en général, lorsque je débute un manuscrit, je n’ai JAMAIS le début. Oui, oui, pour de vrai ! Je commence à écrire avec une idée générale, plus ou moins précise, et surtout j’écris toujours la fin en premier. Je ne démarre jamais l’écriture d’un texte (sauf en poésie) sans que mon cerveau ait dressé un beau tableau, un scenario détaillé du dernier chapitre ou de l’épilogue. Je me disais donc que ce serait nouveau de débuter … par le début !

Ensuite, la longueur du texte … aïe ! aïe! aïe !
Je suis du genre prolixe ! Et ce, depuis toujours : le court, la synthèse, ce n’est pas pour moi ! Je ne suis pas du tout à l’aise dans ces espaces clos et restrictifs. Alors faire un récit qui se tiennent en maximum 2700  mots (c’est ce que représentent environ 16000 caractères), cela relevait de la gageure ! Même mes contes pour enfants comptent toujours plus de 5000 mots.

Mais j’aime me challenger, et j’avais décidé que 2021 serait l’année où je me consacrerai exclusivement à l’écriture de nouvelles, justement pour apprendre à “écrire court” … et parce que c’est un genre littéraire – versus le roman – qui est bien plus exigeant.

Où est le troisième défi annoncé dans mon titre ?
Et bien, me suis-dit, quitte à sortir de ma zone de confort, autant le faire à 100% ! J’ai donc ajouté une difficulté supplémentaire, en décidant d’écrire dans un style qui soit très différent de mon style naturel, habituel (longues phrases, lyrisme, petits détails, descriptions poétiques, etc).
Il semble que j’ai réussi, puisque tant mon époux que ma meilleure amie n’ont pas manqué me faire remarquer que “ça change beaucoup !”.   🙂

Écrire en m’amusant… et en explorant mes thèmes de prédilection.

Quoi qu’il en soit, une fois ma décision prise,  le maître-mot pour moi fut : écrire en m’amusant !
Pour cela, j’ai proposé à ma complice de plume, Claire, de se joindre à moi pour le concours. Si nous écrivions chacune nos propres nouvelles – sans nous consulter quant au contenu – nous le faisions ensemble, selon le même tempo défini, et cela fut très stimulant. Je t’invite d’ailleurs à découvrir sa nouvelle Merci Sophie en cliquant : ICI.
Ensuite, je dois reconnaître que ce changement de style d’écriture m’a permis finalement de ” me lâcher” ! Je me suis autorisée des facéties, et la toute première version du manuscrit était même assez … délirante ! Mais … on ne publie JAMAIS sa toute première version.

Ce style plus jeune et plus sobre ne m’a nullement empêchée de continuer d’explorer des thématiques qui me sont chères, à savoir la psychologie humaine et, dans cette histoire, la façon de réagir au deuil, à la souffrance psychologique. Attention ! Ce n’est pas du tout une histoire triste, au contraire !

Découvre Petit Beurre et vote pour moi.

PETIT BEURRE

Ce matin-là, très en retard, en m’engouffrant dans un taxi, j’ai découvert un portable oublié sur la banquette arrière. Je le signalais au chauffeur, mais l’indifférence se dessinait sur les traits usés de son visage émacié.

           C’était un vieux modèle de téléphone à clapet. Je ne pensais même pas que quelqu’un puisse encore avoir ce genre de téléphone ! Ça dépassait mon entendement de technophile, vous savez, du genre gamer casanière – « Un stéréotype ambulant », se plaint ma mère. En regardant cet objet archaïque, j’imaginais un vieux monsieur tout à fait navré d’avoir égaré son téléphone et qui ne penserait même pas à aller aux objets trouvés de la compagnie de taxi. Sûrement parce que mon grand-père en avait eu un comme ça. Avant qu’il meure… Se pouvait-il ? J’examinais l’objet de plus près : se pouvait-il que ce soit une mauvaise blague de Papi Lilian depuis l’Au-Delà ? Une balle de ping-pong se logea dans ma gorge et une griffe de Bowser[1] écorcha mon coeur.

           Après sa mort, il y a cinq ans, je me suis renfermée sur moi-même ; et depuis, comme une huître avariée, je ne veux plus m’ouvrir. S’attacher aux gens, c’est une très mauvaise idée : ils vous déçoivent ou pire, ils vous abandonnent. Entre mon père qui s’est pris pour David Copperfield en se volatilisant quand j’étais bébé, et Papi – mon idole ! – qui est tombé dans mes bras, flingué par un infarctus au milieu d’un de nos fous rires, merdoum ! j’ai eu ma dose !

            Depuis, j’ai refusé de me faire de nouveaux copains, à part ceux qui vivent dans mon ordi et avec qui je passe des nuits blanches dans les jeux vidéo. J’ai juste continué à fréquenter mes amis d’enfance, histoire de ne pas désespérer ma mère d’avoir une fille asociale. Il y a deux ans, au lieu d’entrer à l’Université, j’ai choisi des études par correspondance pour ne pas avoir à supporter mes stupides congénères. Les gens, je les trouve égoïstes et ternes ; ils se vautrent dans l’indifférence, le cynisme, ou pire ! l’utopie, et dans tous les cas, ils sont à côté de la plaque, et surtout, ils n’ont rien de passionnant, au contraire des personnages de mes mondes virtuels ! Mais je sais que tout cela déplairait et même décevrait beaucoup mon grand-père si, de Là-Haut, il pouvait me voir. Le peut-il ? Cette question me tracasse souvent, c’est pour ça que j’évite de penser à lui. Bref !

           Des travaux bloquaient la circulation et aggravaient mon retard pour rejoindre Jade et Domi au salon d’Escape Game — une autre de mes activités qui, au désespoir de ma mère, ne se déroulent pas en plein air. J’avalais ma contrariété pour ausculter le fameux portable. Aucun code PIN n’en protégeait l’accès, ce qui me confirmait qu’il devait appartenir à un p’tit vieux à moitié sénile.

          Je fus vite déconcertée. Dans ce téléphone, aucun appel reçu, ni aucun SMS — faut dire que quand tu dois taper quatre fois sur la touche 7 pour écrire la lettre S, t’as pas envie d’en écrire des SMS ! Ou peut-être qu’il a Parkinson et que s’il écrit des messages, ça ferait « bbooonjjj… » ; non, faut pas que je me moque ! j’espère pas que ça m’arrivera, en plus, j’ai aucune envie de devenir vieille, ce serait bien trop long à vivre. Bref ! Dans le répertoire, pas de Gertrude ni de Gilbert, mais des codes qui ressemblaient à une liste d’épicerie. Ma curiosité légendaire fut piquée au vif ! Cinq appels avaient été émis, dans l’ordre à : Petit Beurre, Thé Sencha, Thon Frais, Lait de Coco et Oseille. Rien d’autre.

           Je décidais de contacter le correspondant le plus récent. Je déclenchais l’appel et … MON portable sonna, avec un numéro inconnu qui s’affichait, le même qui m’avait joint plus tôt quand j’étais sous ma douche, sans laisser de message. L’incrédulité me flanqua une claque.            

            Je tenais dans la main le téléphone d’un inconnu qui avait voulu me parler et m’avait surnommée Petit Beurre ! Était-ce à cause de la couleur de ma peau d’Asiatique ou en raison de mon obsession gourmande pour ces biscuits ? Qu’importe ! Ça méritait que je tire ça au clair !

 

[1] Référence au jeu video Mario Bros.

LIS LA SUITE

Les résultats du concours seront dévoilés en octobre 2021. 🙂

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