Mary-Sue ou le personnage parfait : horreur ou bonheur ?

Qui est Mary-Sue la parfaite ? 

Mary-Sue, c’est la référence au personnage de fanfiction créé par Paula Smith en 1974, la lieutenant Mary-Sue, plus jeune lieutenant de la flotte Starfleet (c’était une fanfiction parodique de Star Trek). Il s’agit d’un personnage féminin qualifié de « trop parfait », qui était une projection idéalisée de l’écrivaine elle-même.

Par extension, de nos jours une Mary-Sue et son pendant masculin un Gary-Stu désignent un personnage de fiction excessivement idéalisé, au point qu’il en devient « trop parfait ».

Je t’invite à lire cet article de Wikipedia pour plus de détails sur le concept de Mary-Sue : clic.

Dans quels livres trouver des Mary-Sue et des Gary-Stu ?

Ce type de personnage plus-que-parfait est légion dans les fanfiction des ado et jeunes adultes. De façon plus large et plus grand public, on retrouve le plus souvent ces personnages très stéréotypés dans :
– les romans de super héros / science-fiction / fantasy
– les romances
– les romans young adult

… même si on n’est jamais à l’abri d’en voir un surgir dans un récit qui n’entre pas dans ces genres littéraires.

L’archétype moderne de la Mary-Sue, c’est la pom-pom girl blonde, bon chic con genre, coqueluche de l’école, super bien roulée, riche, à qui tout semble réussir et qui sort avec LE beau mec sportif, etc. Tu vois ce que je veux dire n’est-ce pas ?! Et tu reconnaîtras honnêtement que cette fille-là, c’est pas vraiment ton personnage préféré dans l’histoire et que tu as envie de lui mettre deux claques pour qu’elle revienne à un tantinet plus de réalisme ! Vrai ou faux ?

Cependant, les personnages de fiction parfaits se glissent aussi dans certains best-sellers, dont l’exemple type à mes yeux c’est Cinquante nuances de Grey, de E.L. James. ( livre que je considère surtout comme un grand chef-d’oeuvre du marketing commercial. Je sais qu’en écrivant cela, je vais me faire lancer des roches par certain.e.s, c’est correct, j’assume.)
Quoi qu’il en soit, d’un point de vue littéraire, Anastasia Steele et Christian Grey rassemblent les critères de ces personnages « parfaits » … que l’on retrouve abondamment dans quasiment tous les romans de la collection Harlequin – cela devait sûrement faire partie du cahier des charges. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on les qualifiait de « romans de gare », comme on parle de « musique d’ascenseur ».

Les personnages stéréotypés et idéalisés s’infiltrent aussi beaucoup dans la littérature pour ado, comme si après les contes de fées de princesse égarée ou dormante et de prince charmant triomphant, on voulait absolument continuer de bercer la jeunesse dans des illusions de caractères et comportements archétypaux plutôt que de leur offrir des personnages avec plus de profondeur et de psychologie. Mais c’est sûr que du point de vue marketing, c’est une formule qui fonctionne … et les américains adorent ces formules gagnantes (pas gagnantes sur le plan culturel qui devient standardisé). Prends l’exemple de Twilight dans lequel Bella Swan et Edward sont tous deux de beaux spécimens de Mary-Sue et Gary-Stu (ouch ! autre jet de roches sur ma tête, mais chacun est libre de son opinion, heureusement !).

Attention, je ne dis pas que Twilight est à mettre aux poubelles et qu’on ne peut pas retirer du plaisir à cette lecture. Mon propos est de dire : si tu veux des personnages idéalisés et parfaits, il faut l’assumer, ce doit être un choix conscient. Le souci réside dans le fait que parfois / souvent le profil du personnage est dessiné de manière inconsciente par l’écrivain.e … et on tombe dans un écueil. L’autre souci réside dans le fait qu’à lire exclusivement ce genre de romans, on court le risque de perdre son esprit critique et de se laisser duper (sans compter le nombre de jeunes qui ensuite trouve que la « vraie vie », c’est moche et qu’ils ne comprennent pas pourquoi eux n’ont pas toutes les facilités de leurs héros. On est loin des romans d’apprentissage du XIXème siècle, hélas).

Je suis une adepte des films romantiques de série B (style film romantique de Noël) qui, comme les Harlequin, sont basés sur ce type de personnages de fiction  : je les regarde pour débrancher mon cerveau. Oui, ce genre de film, cela met mon intellect (et mon sens critique) en veille car je connais d’avance le profil des personnages, je sais que je n’aurais aucune surprise ni palpitation, c’est comme me faire un bain de guimauve : doux, sucré, inoffensif.

Pourquoi ?

Parce qu’un personnage parfait, c’est ennuyeux quand ce n’est pas carrément agaçant. Le récit devient prévisible, la trame narrative perd de son attrait.

Tu doutes que Anastasia et Bella soient des Mary-Sue ?

Tu as raison de douter ! Voici de quoi te forger ta propre opinion.

Une Mary-Sue désigne un personnage féminin parfait /trop parfait (elle pourra bien sûr avoir de menus défauts) et dont les nuances de la psychologie est peu développée dans le récit (manque de profondeur, l’auteur.e reste superficiel). Les Mary-Sue sont spéciales, belles, aimées de tous mais jalousées par certains, etc.

Quelques indices concrets qui peuvent révéler qu’un personnage est une Mary-Sue :
– couleur des cheveux et/ou des yeux particulière, voire exotique
– magie ou super pouvoir ou un talent particulier
– meilleure dans tout ce qu’elle fait (au début de l’histoire, ça peut être le contraire, c’est souvent le contraire : une pauvre petite gourde incapable et maladroite)
– même si elle peut se déprécier à ses propres yeux, les autres la trouvent sexy … et dans tous les cas, elle n’aura jamais de la cellulite comme moi.
– après avoir été une paria, elle devient très populaire ou intégrée dans un groupe / clan / famille où elle est mise sur un piédestal
– elle obtient son véritable amour, qui sera sûrement très séduisant/cool/riche/populaire/inaccessible
– elle gagne toujours ses combats contre ses ennemis
– elle est prise en charge/protégée et n’a à se soucier de pas grand-chose car tout s’arrange pour elle.

Alors … ton avis ?

C’est quoi le problème avec l’héroïne parfaite ? (ou son homologue masculin)

Avec une Mary-Sue ou un Gary-Sty, le personnage de fiction manque de profondeur, de nuances, d’aspérités. Sans tomber dans la version trash du « héros torturé », un personnage crédible est celui qui, comme dans la vraie vie, possède des contradictions, des défauts, des faiblesses, qui ne s’en sort pas toujours brillamment de toutes les épreuves, qui « foire » son plan, etc. Et c’est ce qui va le rendre attachant et même palpitant à nos yeux.

Parce que soyons honnêtes : la pom-pom girl bimbo intello, on a tous envie qu’elle glisse par terre et qu’elle étale son joli minois et sa parfaite vie dans une grosse flaque de boue ! Et qu’a contrario, n’as-tu pas trouvé jouissif de voir le héros Thor devenu bedonnant et dépressif à cuver son tonneau de bière après la perte de ses amis et sa défaite (cf. le film Avengers – Endgame) ?

D’ailleurs, si tu reprends les classiques grecs de Homère, même les fabuleux dieux de l’Olympe sont tout sauf lisses et parfaits, bien au contraire ! C’est ce qui a contribué à rendre leur culte populaire et leur mythe éternel.

En tant que lecteur.ice, quel est ton ressenti du personnage parfait ?

Mis à part dans les genres littéraires précités où il semble y avoir plus d’indulgence en faveur des héros parfaits (quoique tout dépend de ton exigence de lecture), dans les autres catégories, le lecteur ne s’y trompe pas et risque bien – à juste titre – de ne pas laisser passer cela si en tant qu’écrivain, tu lui proposes des personnages un peu trop Mary-Sue.

Un faux personnage parfait … qui a quand même irrité.

J’en ai fait une expérience fort intéressante avec le personnage de Mélissa, dans ma nouvelle Une petite bombe sous le pied gauche (que tu peux télécharger gratuitement en cliquant ici).
Dans ce récit, la narration à la troisième personne du singulier est focalisée sur le personnage principal, Alain-Claude Dufresne, avec un point de vue profond, ce qui signifie que le narrateur a accès aux pensées et aux sentiments du personnage. En conséquence, toute l’histoire est vue du point de vue d’Alain-Claude et toutes les pensées sont celles d’Alain-Claude. Il en va de même dans la description des personnages faite par le narrateur : ces personnages sont décrits à travers les yeux (et le ressenti) d’Alain-Claude.

Or, au cours de la phase de bêta-lecture de mon manuscrit, une partie de mes bêta-lecteurs m’ont reproché que le personnage de Mélissa, la femme d’Alain-Claude, soit « trop parfait » et que c’était, je cite : « agaçant », « pas crédible », j’ai même eu le commentaire « Mélissa la wonderwoman parfaite, elle me fait chier ». (lol)

Ces critiques étaient très constructives pour moi car j’ai compris une chose : dans mon écriture, je n’avais pas  suffisamment bien fait ressortir que cette image de la « femme parfaite » était intentionnelle parce que c’était la vision qu’a Alain-Claude de sa femme – une vision idéalisée, et erronée bien sûr.

Dans la phase de ré-écriture, j’ai donc pu retravailler cet aspect pour le clarifier. Rien n’a changé dans ma description initiale de Mélissa. Ce qui a changé, c’est que j’ai mieux insisté sur le fait qu’il s’agissait de la vision subjective de son mari … et à la seconde lecture, ce point fut validé par ma super équipe de bêta-lecteurs.
Mais cela te montre bien que loin d’être un bonheur, dans certains cas le personnage parfait génère le rejet chez le lecteur, la lectrice.

Un personnage agaçant … qui crée l’adhésion.

Dans la même nouvelle, Une petite bombe sous le pied gauche, un autre personnage féminin a créé l’adhésion au contraire de Mélissa. Et « au contraire », ce n’est pas peu dire !

Il s’agit de Johanne, l’encombrante belle-mère d’Alain-Claude. Un personnage qui a tout pour être irritant, surtout qu’il exaspère le héros … et pourtant … Extrait :

Selon l’expression consacrée, Johanne ne « fait pas son âge » : un genre d’éternelle ado rebelle, des tenues vestimentaires voyantes et des accessoires clinquants qu’elle arrive à porter Dieu sait comment avec élégance – de toute façon, il ne se donne plus la peine de la regarder – mais d’élégance son vocabulaire en manque. Elle ne mâche pas ses mots, vit ses émotions comme des montagnes russes, et veut que la Terre entière embarque dans son manège. Si elle s’applique à pondérer son cirque en présence de sa fille, Johanne ne ménage jamais son gendre et ne manque pas une occasion de le piquer de son sarcasme favori : « Comment un éminent psychiatre comme toi n’a toujours pas soigné son machisme pathologique ? »

Mes bêta-lecteur.ice.s ont raffolé de ce personnage truculent. Sylvie m’a dit « la belle-mère est parfaite ! ». Et beaucoup souhaitaient que ce personnage soit plus développé dans l’intrigue. Ce que je n’ai pas fait, car ce n’était pas mon propos et cela aurait modifié mon récit dans un sens qui s’éloignait de mon intention première. Mais peut-être qu’un jour on retrouvera Johanne dans une autre nouvelle, avec sa propre histoire… qui sait ?

Quelle est ta relation aux personnages de tes lectures ?

Si on reprend tes dernières lectures, qu’est-ce que t’ont inspiré leurs personnages principaux ? Quels sont les aspects qui les ont rendu attachants, intéressants, ou au contraire mous ou décevants ?

Pour conclure, j’aimerai mettre les points sur les « i » : si j’ai souhaité mettre en lumière les personnages de type Mary-Sue et Gary-Stu dans cet article, puis te montrer un « faux » personnage parfait avec l’exemple de Mélissa, c’est pour éveiller ton esprit de lecteur.ice, pour en aiguiser le sens critique. Tout comme un écrivain se doit de choisir ses mots en conscience dans ce qu’il écrit, pour moi un lecteur.ice appréciera d’autant plus un livre s’il le lit en conscience.

Il n’y a pas de mal à aller manger un sandwich chez MacDo, mais mieux vaut être conscient que c’est un pain industriel qu’on se mettra en bouche et pas un pain artisanal à la farine intégrale et au levain naturel.
Parfois en tant que lecteur.ice, on a juste besoin d’évasion, de divertissement – comme moi avec mes films romantiques à deux sous –, et dans ces cas-là les romans avec des Mary-Sue et Gary-Stu nous offrent cela, mais juste cela.

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