Ils passaient, les passants. 
D’un pas leste et pressé, 
Sans s’arrêter, ils passaient. 
Elle étalait ses pétales éclatants, 
Flamboyait d’amour à leurs pieds. 
Mais ils passaient, sans s’arrêter, 
Les passants. 
Trop soucieux, empêtrés dans leurs pensées élimées, 
Aveugles à celle qui les auraient changées
En rêves en Technicolor, 
Si à son cœur de velours nuit et d’or, 
Ils avaient prêté un regard, les passants. 
Ils couraient après des chimères, du temps, de l’argent. 
Et ils ne voyaient pas le plus important, 
Les passants : 
Une fleur à leurs pieds, 
Une éphémère beauté. 
Sans ciller, au soleil et au vent, 
Elle pavanait ses pétales vermillons, 
Avec pudeur, avec passion, 
Faisant fi de l’armée d’indifférents. 
Si seulement l’un d’entre eux s’était arrêté, 
Il aurait vu dans le cœur de velours nuit et d’or
À la morosité de son âme un anticorps : 
Dans la corolle, scintillait un diamant. 
Mais ils passaient, les passants, 
Sans s’arrêter, ils passaient, 
Bougonnant après leur vie sans attrait, 
Ils passaient à côté du joyau, du présent.

Nathy d’Eurveilher, mardi 26 mai 2020.