LE CERCLE DE MEGIDDO, de Nathalie Rheims

 

17 bruyants soupirs d’agacement.
C’est ce que m’a soutiré la lecture de Le cercle de Megiddo, de Nathalie Rheims.
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Adepte des romans et thrillers ésotériques, la 4ème de couverture du livre me susurrait la promesse d’un bon moment de lecture. Las ! J’ai déchanté bien rapidement, et c’est avec beaucoup d’obstination que j’ai terminé ce livre, comme on avale un plat insipide dans la seule optique d’avoir du dessert.
L’héroïne, Maya, est une pauvre fille chez qui on ne ressent jamais le moindre charisme, qui sanglote à tout bout de champs, prête à abandonner ses convictions et sa quête, et qui finalement poursuit son aventure uniquement en raison du chantage affectif exercé par son mentor – la figure archétypal du vieux professeur masculin qui parle de manière infantilisante à la petite étudiante.

Ce bouquin – écrit par une femme ! – est truffé d’attitudes et de situations de sexisme ordinaire, dont je me demande si certaines ne sont pas transmises de manière inconscientes par l’auteure, ce qui est d’autant plus navrant.

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Extraits choisis :

Page 14 (L’héroïne vient de s’installer dans un avion d’une ligne commerciale pour faire le trajet Londres – Tel Aviv) :
Elle était pressée d’atterrir, de rouler enfin sur les longues pistes de terre rouge qui la mèneraient au coeur du site, près de l’homme qu’elle aimait le plus au monde. La douce voix de son voisin rompit le fil de ses pensées.
     – Vous avez l’air loin. Permettez-moi de me présenter. Edward Rothsteen.
Maya  tourna la tête et l’inclina.
    – Bonjour, je m’appelle Maya. Et maintenant on fait quoi ? lui dit-elle dans un éclat de rire.

Mon commentaire : alors, lui, l’Homme, il a un prénom et un nom; mais elle n’a pas le droit à une identité complète ?! Elle est juste « Maya » ? Sérieusement ???!!! Puis, qu’est-ce que c’est que cette réplique à la noix  » Et maintenant on fait quoi, lui dit-elle dans un éclat de rire » : c’est Maya la fille facile qui va direct écarter les jambes dans les toilettes de l’avion, ou quoi ???
Par la suite, les autres personnages masculins sont présentés par leurs prénoms et noms, mais Maya reste Maya. De même que le seul autre personnage féminin du livre, la secrétaire, n’est que Élodie, pas plus. 😡

 

Page 144 : Une jeune et brillante journaliste qui fait des documentaires télé sur le terrorisme, dont le dernier lui a valu une reconnaissance internationale vient sur le site archéologique pour un reportage. L’archéologue en chef la rabroue et demande à son adjoint, Pierre Grün, de la raccompagner hors du site.
– Monsieur Grün, quel rapport, en effet, entre un attaché d’ambassade américain et les travaux du professeur Friedmann ? C’est à moi de vous poser la question.
La jeune femme plaisait à Pierre. Elle l’avait séduit en quelques mots. Il éclata de rire.

– Bon, d’accord. Je vais essayer de vous aider, parce que … parce que vous êtes charmante et brune. Enfin, vous êtes ravissante. Je peux vous appeler Olivia ?
– Oui, Pierre, lui dit-elle en baissant le regard.

🤮🤮🤮
Mon commentaire : Sérieusement ?! la journaliste vient de passer des mois à enquêter avec talent sur des cellules terroristes en Irak et en Afghanistan, et le gars décide de l’aider non pas parce qu’elle est brillante ou qu’elle a su déployer des arguments intelligents et convaincants, mais parce qu’elle est « charmante et brune ». 🤬 Et elle, ohhhhh la la, en bonne midinette soumise, elle baisse le regard quand l’Homme lui dit qu’elle est ravissante. 🤮🤬

Bref ! je vous épargne d’autres extraits car je sens que ma tension monte ! J’aurais tout à fait accepté ce genre d’échanges si j’avais le moindrement senti que la démarche de l’auteure visait à mettre en lumière le sexisme du milieu de l’archéologie par exemple, mais là, ce n’est absolument pas le cas. C’est juste … ça.

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De façon plus générale, le récit manque de nuances et de subtilités, ainsi que de profondeur. Il manque surtout de pauses. Sous prétexte de vouloir donner un sentiment d’urgence lié à un compte-à-rebours mortel, l’auteure passe complètement à côté du tempo qui fait un bon thriller. C’est un tir de mitraillette prolongé. Vous savez, comme ces personnes qui parlent très, trop vite et perdent leur auditoire sous le flot de paroles ininterrompues. Les actions et et dialogues se succèdent à l’emporte-pièces, sans respiration, souvent avec des transitions bâclées. Les descriptions sont quasi inexistantes ce qui rend difficile (impossible ?) de s’immerger dans un décor ou une ambiance, idem pour les personnages dont on reste dans la superficialité sans accrocher. À trop vouloir en faire dans l’action et l’étalage des connaissances historiques et religieuses, l’auteure perd le lecteur ; celui-ci est noyé dans une surenchères d’infos, au détriment de l’attrait romanesque.
Bref, j’ai trouvé cette lecture harassante, sans plaisir, et je ne suis allée au bout du livre que par entêtement. La fin, parlons-en ! Elle se veut un coup de théâtre … mais raté : ce final n’a aucune cohérence avec la logique même du récit de l’auteure. Ce fut sans doute mon 18ème soupir d’exaspération.

Il m’a fallu quelques carrés de chocolat noir pour me calmer les nerfs, et surtout une bonne dose d’huile essentielle de Romarin à cinéole pour désengorger mon cerveau qui avait tricoté des noeuds de brume au fil des pages.

Cette essence aromatique est une grande oxygénatrice cellulaire. Elle vient toujours à notre secours, quand on a le cerveau en surchauffe, avec trop de pensées qui se téléscopent, ou qu’on a passé des heures à plancher sur de gros dossiers. En l’utilisant simplement en olfaction, l’HE de Romarin à cinéole est semblable à une grande fenêtre qui s’ouvre pour faire entrer une brise marine vivifiante dans un grenier encombré et poussiéreux. Rien de tel pour s’éclaircir les idées  !